10 octobre 07 - Depuis notre appart’
Marylène
Et bien que d’aventures en 2 jours. Décidemment, je ne peux que dire que « là où le cœur bat, la vie s’accélère ». Celles et ceux que disent que l’Afrique avance doucement n’ont rien compris. Je ne veux pas être dure, mais pour nous les choses avancent à grands pas. Mardi le déluge nous a scotché à la maison. Donc pas de stage ce matin là. Du coup on en a profité pour bosser à fond sur la scéno. Et on a trouvé ! Autant d’esprits que de méthodes pour créer. Reb fait des micro siestes et dès qu’elle se réveille, elle a une illumination. Clayre est hyper pragmatique et pose des questions pertinentes. Moi je trafique avec du carton, des ciseaux, ma boîte de peinture et mes paillettes en tube. Et Guy retrouve tout ce que j’égare dans les quatre coins de la maison. Une vraie dream team ! Notre maquette est formidable. Elle répond à une exigence d’autonomie, tout en étant très ludique. Plateau dépliable et surélevé vert à paillettes rouges et vertes. Fond de scène en étoiles à 8 branches (c’est la déco qui entoure notre ventilo du salon-salle de travail). Et puis 2 trappes. Parce qu’il faut bien s’amuser un peu. On a fait des mesures avec le mètre du nécessaire de couture de Reb. C’est Laure du Limousin, notre cantine chérie, qui nous a donné des cartons. Et bricolo bricolage on y est arrivéEs. Et à l’échelle, vous prie-je ! Ensuite j’ai dessiné un plan et Clayre a fait un photo-montage avec les photos de la maquette et Guiness et Marlo qui s’éclatent. Elle a mixé le tout et on a vraiment l’impression que tout ça existe. Juste génial. Je bénis tous les jours les nouvelles technologies. Ya que les imbéciles qui changent pas d’avis. On a transmis (vive internet !) tout ça à Joakim, mon inventeur génial, et on va voir quel miracle il va nous créer ! Je me réjouis de faire évoluer Marlo sur ce plateau total afri-rock.
Une fois libéréEs de la scéno, on a cleané toute la maison pour préparer l’arrivée de Christophe, notre musicien. C’était le branle-bas de combat dans l’appart’. Réaménagement de l’espace et des chambres. J’ai déménagé chez Guy. On apprend la cohabitation et la totale zen attitude. J’essaie de pas bouffer tout l’espace de la chambre entre mes fringues, mes mille produits et autres huiles essentielles. Pour l’instant ça va. Le seul sujet de discussion c’est le ventilo. Parce que lui il a toujours chaud et moi je supporte vraiment pas tout ce vent dans la face. Stay cool madame !
A 2h30 du mat’, mercredi matin, Guy-Ernest et moi on a été accueillir notre Papi Serpi (Chrisophe rebaptisé) tout fringuant avec sa viole au bout des doigts.
Depuis hier, on prépare avec les stagiaires la présentation publique de demain qui aura lieu au Centre Culturel Français à 18h30. Ils et elles sont très motivéEs et ça encourage. Plus j’enseigne, plus je me rends compte comme j’aime ça. C’est très émouvant de voir des clowns naître et grandir.
Ce matin on a fait un « barratage » avec Christophe et les stagiaires. C’est un jeu esquimaux qui consiste à se mettre en cercle dans avec un rythme régulier dans les pieds. D’abord on puise l’énergie de la terre qu’on fait monter par petits cercles jusqu’au ciel. Ensuite on met des sons, de la voix, du chant et on laisse naître un chœur. Par moment quelqu’unE vient au milieu et est porté par le groupe. C’était très fort à vivre. Je crois qu’on a tous perdu 3 litres d’eau. Mais on a gagné des kilos d’émotions. Et un fort sentiment d’appartenance à une communauté. Depuis le début du stage nous faisons les échauffements sous la paillote parce qu’il y a une scène plus grande que dans le petit auditorium que nous avons à disposition. Et comme le bar est attenant à cette scène, il y a toujours des gens qui passent, s’arrêtent, se surprennent à être surpris par cette drôle de bande à nez rouge. Evidemment qu’il y a de quoi. Nos pratiques sont assez incongrues et insolites, surtout qu’il n’y pas de tradition de clown en Afrique. Effectivement la figure du clown est issue de la tradition occidentale de la solitude. Je ne vais pas faire l’histoire des clowns juste là, surtout que je suis pas une spécialiste. Ya des gens beaucoup plus éruditEs que moi en la matière. Moi je suis sur le terrain, je pratique. Je devrais quand même lire un peu plus, je sais. J’y penserai pour mes longues soirées de solitude hivernale. Même si je suis pas sûre qu’il va en avoir beaucoup des comme ça. Parce que partiEs comme nous sommes, on va faire le tour du monde avec ce spectacle. En tout cas c’est l’envie qu’on a Clayre, Guy et moi. Musique d’avenir. J’y crois et j’espère.
Petite pause pour faire rire les amiEs suisses :
Je suis en train d’écouter Stéphane Eicher, double CD public, que Guy m’a prêté et que j’ai chargé sur l’Ipod . Et oui, dire que Delph et Valérie se moquent de moi depuis des années parce que j’adore Stephi, faut que je vienne à 6000 km de la maison pour être comprise. Va comprendre !
La chance que nous avons dans ce projet c’est d’avoir du temps pour rêver. C’est inestimable. Le fait d’être en résidence et de pouvoir se consacrer uniquement à la planète clown et au spectacle ça permet d’oser et de ne pas se fixer de limites. Beau. C’est Joakim qui m’a appris ça. Dès qu’on sent une limite, il faut d’abord la reconnaître pour ensuite la dépasser. Du coup je pratique activement la reconnaissance et le dépassement. Grandir.
samedi 13 octobre 2007
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